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Barakat !

Barakat ! Ca suffit ! Les logiques de l'intolérance autorisent toutes les dérives dont les femmes sont les premières victimes : il faut le dire et le redire. Barakat ! Barakat ! Barakat !

Ce cri et ce constat nous guident depuis bientôt dix ans, sur des chemins qui nous ont souvent menés de la France au Maghreb.

 En 1996, dans le préambule des actes des premières Rencontres trans-méditerranéennes organisées par Fci, nous écrivions : " les traditions patriarcales et les religions ont mis en place l’oppression des femmes. Les pays qui institutionnalisent cette oppression, en projetant les religions au sommet de l’Etat, excluent les femmes des sphères politiques, économiques et sociales. Or un pays qui exclut la moitié de sa population se condamne lui-même à la misère qui fait le berceau des intégrismes ".

Si l'intégrisme islamique a hélas encore de beaux jours devant lui - pas seulement dans les pays sous loi islamique, mais à notre porte-, il ne doit pas occulter d'autres formes d'intégrisme religieux très nocives, bien que nettement moins médiatisées. Le fondamentalisme qui se développe dans de grands pays occidentaux comme les Etats-Unis avec la "bénédiction" de W. Bush n'est pas moins effrayante.

Il se trouve que nos liens avec les Algériennes, puis avec des femmes de l'ensemble du Maghreb et bien au-delà, jusqu'en Afghanistan, nous ont vite amené à nous interroger sur les innombrables difficultés auxquelles sont soumises les femmes sous loi islamique. Le mariage du politique et du religieux ne fait jamais bon ménage. Quand s'y mêlent les influences traditionalistes, figées dans un passé fantasmé comme idéal, cela devient l'enfer. L'enfer pour les femmes d'abord, parce qu'elles sont les premières victimes des intégrismes.

Ce terrible constat, que tous les observateurs attentifs de la situation internationale ne peuvent manquer de faire, justifie une action d'envergure menée au nom de l'égalité entre les femmes et les hommes. Comme celle portée par les Caravanières, volontairement en marche vers l'utopie d'un monde meilleur où le respect de l'Autre, femme ou homme, noir ou blanc, pauvre ou riche serait la règle. Est-ce trop demander ?

Rêvons un peu…Allons sous la tente, dressée au cœur d'une cité de France, prenons un thé et discutons. Rencontrons-nous sur les sujets qui nous tiennent à cœur : l'égalité, ses avancées, ses régressions. En Iraq, l'avancée des bottes américaines a assourdi la parole des femmes, repassant après 50 ans d'une égalité presque complète, au statut d'être inférieur, mineure à vie.

En revanche, le Maroc fait un grand bond en avant, avec la nouvelle Moudawana qui accorde l'égalité dans (presque) tous les domaines aux femmes comme aux hommes. C'est la bonne nouvelle portée par les Caravanières venues du sud.

L'Algérie, elle, semble en panne. C'est l'Algérie de la classe politique qui est en panne. Pas celle des militant-e-s démocrates et anti-intégristes. Barakat ! clament haut et fort celles-là et ceux-là qui construisent dans leur pays les bases d'une société ouverte et démocratique, fondée sur les respects des droits humains. Des militantes d'Algérie et de France viennent de produire un CD qui exprime mieux que des mots le chant d'espoir des Algériennes et des Algériens. "20 ans barakat" chante haut en couleurs et en rythmes sur le thème : "eh, juge, qu'est-ce qui t'a pris ?".

Les droits, parlons-en encore sous la tente avec les avocat-e-s et les juristes. Ecoutons-les évoquer les cas de telle ou telle femme ou jeune-fille confrontée à une répudiation, un mariage forcé, un enlèvement d'enfant. Des sujets graves et douloureux, à affronter sur le terrain juridique : dire le droit, chercher à le changer quand il rend les femmes mineures à vie, quand il empêche une mère et son fils de se rencontrer.

Barakat ! Barakat ! Barakat !

Et qu'aujourd'hui vienne le temps des Caravanières, et celui de leurs luttes contre les inégalités, les discriminations et les violences faites aux femmes.

 

Les caravanières 2004. Réalisation by KreaPRESSE. Droits réservés.